Bientôt le temps d’une dinde dinde dinde…

Les quatorzes disques de la grosse Ginette Reno qui «chante Noël» jouent dans les magasins depuis maintenant quelques semaines, le monde ont accroché leurs sets de lumières de couleurs dans leurs fenêtres, ont mis leurs bonhommes de neige en plastique sur le perron et les plus freaks ont même déjà décoré leur sapin artificiel avec des boules, des guirlandes pis de la fausse neige. À la télévision de Radio-Canada, les émissions de bricolage pour les mères de famille à la maison ont commencé à exploiter la thématique de «la magie des Fêtes», si bien que nous avons droit à de judicieux conseils de spécialistes dans des émissions sur « Comment bien mettre la table pour un réveillon réussi» et «Préparez votre album photo de Noël en scrapbookant pour 350$ de stuff seulement». Même Ricardo, la star de la gastronomie radio-canadienne, est dans son trip du temps des Fêtes et est déjà parti dans ses suggestions de menus pour un Noël différent, moins traditionnel et plus tendance dans le style matante actuel, et propose entre autres des sushis pour le réveillon. D’ici quelques semaines, les files d’attente seront trois fois plus longues à l’épicerie, à la SAQ et partout où les choses se vendent et s’achètent, et le stationnement de Place Laurier sera douze fois plus plein que de coutume non seulement la fin de semaine mais carrément en tout temps. Sortir de chez soi deviendra plutôt compliqué et même presque dangereux à la limite; l’esprit des Fêtes se fera de plus en plus envahissant, c’est-à-dire que les gens seront absorbés par ce délire commun de consommation de «cadeaux» et de provisions pour les mille et uns party à venir, et qu’ils deviendront angoissés de ne pas tout trouver à temps, préoccupés par tout l’argent qu’ils dépenseront sans calculer vraiment, impatients d’avoir à attendre partout où ils vont, agressifs de côtoyer autant de monde sur les nerfs, et ainsi de suite. Dans certaines boutiques, l’esprit des Fêtes se manifestera concrètement, et ils se produira des événements spectaculaires mettant en vedette des consommateurs fous qui se regarderont croche, qui s’enverront chier manger de la marde, qui se bousculeront dans les allées et se disputeront la dernière cochonnerie très à la mode que tout le monde voudra cette année seulement, et dont il ne restera plus nulle part toujours cette année seulement, parce que l’an prochain, on ne saura plus quoi en faire tellement plus personne n’en voudra, évidemment. D’ici quelques semaines donc, ce sera le temps de dépenser tout l’argent que nous n’avons pas pour acheter des guenilles trop chères dont personne n’a réellement besoin, ni réellement envie. (Selon un sondage Ipsos Reid, 71% des québécois interrogés cette année ont répondus qu’ils n’avaient pas besoin de cadeaux pour Noël et que tous leurs besoins étaient comblés.) Bref, à Noël, on achète, et on achète quoi qu’il en soit, c’est de même pis c’est toute, et c’est pareil qu’on fait chaque année, même ceux qui chialent et s’en plaignent ouvertement finissent par faire comme tout le monde anyway; c’est traditionnel, ça va de soi, ce n’est pas discutable. De toute façon, les quelques rares qui oseront se refuser à la tradition noëlesque dans son ensemble seront communément perçus comme étant plates, grincheux, rabat-joie et profondément sans-coeur. Parce qu’à Noël, il ne faut pas se leurrer, les présents servent à exprimer l’amitié, la tendresse et l’amour, de beaux sentiments nobles qui ne se témoignent qu’avec des affaires qui s’achètent et qui brillent, qui s’achètent et qui sentent, qui s’achètent et qui goûtent, qui s’achètent et qui saoûlent, etc. Ainsi, et la situation se reproduit ponctuellement et dans ses moindres détails chaque année, c’est un devoir, et presque une obligation morale, de participer et de s’impliquer dans ce temps des festivités et des réjouissances, et de ni plus ni moins célébrer la surconsommation dans sa forme la plus intense, sans quoi on est catégorisé comme étant crissement cheap.

Selon le sondage dévoilé en conférence de presse la semaine dernière par le conseil québécois du commerce au détail (CQCD), cette année, 81% des québécois dépenseront autant et même plus que l’an dernier pour leurs achats du temps des Fêtes. La dépense moyenne des ménages québécois s’établirait cette année à 681$. Excluant le secteur automobile, le CQCD es­ti­me que les dé­pen­ses de consom­ma­tion ­pour la pé­rio­de des Fê­tes to­ta­li­se­ront ­plus de 2,25 ­milliards $ au Qué­bec seulement. Selon une seconde enquête menée par la firme Maritz Research et commandée par Visa Canada à pareille date l’an dernier, 22 millions de Canadiens comptaient dépenser en moyenne plus de 930$ en cadeaux de Noël. Pourtant, plus de 57% des répondants ont affirmé que le moment le plus agréable de la période des Fêtes n’était pas l’échange des cadeaux mais bien le temps passé avec les amis et la famille.

En 2006, 93% des québécois ont décoré un sapin de Noël dans leur salon. 60% d’entre eux ont opté pour le très écologique parce que réutilisable arbre artificiel.

C’est vraiment beau la magie des Fêtes.

27 novembre 2007. All about crossage. 4 commentaires.

Le roi de tous les cons

En entrevue ce matin à l’émission matinale de Christiane Charette diffusée sur la Première Chaîne de Radio-Canada : l’ancien premier ministre du Canada et chef du Parti Libéral, Jean Chrétien.

Une entrevue de 39 minutes 39 secondes totalement mais totalement plate, où il est question d’à peu près rien d’intéressant, ni du scandale des commandites, ni de toutes les affaires louches dans lesquelles le clown de tous les clowns du cirque politique aurait supposément trempé. Bref, que de complaisance, de flattage, d’entrelichage et de blabla inutile; quadruple bravo à Christiane Charette pour cette magnifique performance au jeu de celui qui a la tête dans le cul le plus profondément possible.

En prime, l’entrevue est l’occasion pour nous, pauvre petit monde ordinaire qui n’avons rien de mieux à faire en ce beau lundi matin que d’écouter l’innocent à Chrétien radoter des conneries, d’apprendre qu’exercer les fonctions de premier ministre du Canada, aussi sans génie puisse être l’heureux élu en question, permet une retraite financièrement très confortable. Car, bien qu’on s’en câlisse solidement, Jean Chrétien raconte, lors de son échange avec Christiane Charette, qu’il a pilé tellement d’argent dans son compte de banque au cours de sa carrière en politique que depuis qu’il a rendu son tablier, il est loin de vivre en pauvre et que c’est ainsi «qu’en 40 mois de retraite, il a eu l’occasion de visiter plus de 35 pays». Ce qui au total fait quand même pas mal de pays, et nous laisse vaguement imaginer le cash qu’il a dans ses poches, quand on sait que de nos jours, voyager en première classe et loger dans les hôtels de luxe est un loisir honnête que tous les portefeuilles moyens peuvent se permettre. Bref, cet homme fut quand même, ne l’oublions pas, un très bon, brave, honorable et même remarquable premier ministre du Canada du 4 novembre 1993 au 12 décembre 2003, ce qui justifie tout à fait une vie de riche et pourquoi pas de millionnaire.

Par ailleurs, l’entrevue est également une confirmation de nos doutes quant aux qualités intellectuelles de notre ancien premier ministre. Rusé, fin observateur, astucieux ; c’est en toute franchise qu’il avoue à madame Charette «qu’il a compris très vite que lorsqu’on est sous-estimé, la moindre bonne performance te fait paraître très bien.» Une remarque comme qu’on dirait très bien vue pour un gros cave comme Chrétien. Ceci pour dire que ce n’est pas sa biographie qu’il aurait dû publier cet automne et autographier au Salon du livre ce week-end, mais plutôt un guide explicatif sur ce que pourrait être l’attitude parfaite du parfait loser. M’enfin, sa biographie peut aussi être l’occasion d’un tel projet.

L’entretien de Christiane Charette avec Jean Chrétien est entièrement disponible sur le site de Radio-Canada, ici. Ceci étant dit, la capsule n’a d’intérêt que pour les multiples imbécilités que Chrétien ne cesse de lancer du début à la fin de l’échange. Une entrevue mémorable avec un personnage digne de la plus grossière caricature… laquelle serait aussi une reproduction parfaite de la réalité dans ses moindres détails. Trouvez l’erreur.

En voici quelques extraits, totalement hors de leurs contextes mais qu’importe, pour ceux qui auront la décence de ne pas cliquer sur le lien.

«Avec les preuves sur les armes de destruction massive des Américains, j’aurais pas réussi à convaincre le juge de la cour municipale de Shawinigan.»

«En politique, il faut avoir sa propre couleur. Mais il ne faut pas se prendre trop au sérieux.»

Au sujet de sa relation avec George W. Bush : «On se voyait. On se disait qu’on était d’accord ou pas d’accord sur le sujet du jour, puis on parlait de baseball.»

 


19 novembre 2007. Actualités et autres crosseries. 2 commentaires.

Haïku

« Ancré dans la réalité, un haïku, poème d’origine japonaise, est un poème de 3 vers seulement, qui saisit l’instant tel qu’il est, la chose telle qu’elle est, dans sa révélation soudaine et présente. Les poètes du haïku disent avec les mots les plus usuels leur participation à la nature, leur permanence au cœur des choses. Un haïku traduit une illumination passagère dans laquelle on voit la réalité vivante des choses. C’est un ” arrêt sur image “. »

Les haikus étant très populaires actuellement dans toutes les revues poético-littéraires des wannabe écrivains, voici ma version non censurée d’un haïku auto-fictif et presque-biographique, sincère et honnête : il traduit ma vérité de l’instant qui passe.

Le Lapsus, la revue des étudiants au baccalauréat en création littéraire de l’université Laval, groupe d’étudiants duquel je ne fais pas partie, l’ont dûment refusé.

 

Câlisse de tabarnak

d’ostie de crisse

de saint-ciboire d’ostiffie

 

Simonaque de câlisse

de tabarcrisse

de fuck d’ostie de ciboire

 

Tabarnak de crisse

d’ostie

de câlisse de tabarne

9 novembre 2007. Crosse rien'que. 9 commentaires.

Un Québec plus analphabète et plus loser d’ici 2013

En 2001, la Commission des états généraux sur la situation et l’avenir de la langue française au Québec concluait que plus de la moitié des futurs enseignants ont une connaissance nettement insuffisante de la langue française. En juin dernier, donc bien après ce constat, un article publié dans le Devoir faisait miroiter que le ministère de l’Éducation envisageait de ne plus systématiquement comptabiliser les fautes d’orthographe, de syntaxe et de ponctuation dans la correction de l’épreuve uniforme de français, dont la réussite est actuellement obligatoire pour l’obtention du DEC, lequel diplôme est pratiquement la condition nécessaire d’une admission à l’université. Le fait que nos futurs profs ne soient pas en mesure de conjuguer le verbe avoir ne donne pas lieu de s’exciter : l’important c’est ce qui compte. Les jeunes rushent, sont poches et ont trop de peine à réussir l’épreuve uniforme, un examen sans réelle importance, faut-il conclure, et donc, avant que tous ne décrochent et ne fuient nos universités, il faut agir et permettre aux jeunes non seulement de réussir ce test les deux doigts dans le nez, mais aussi les yeux fermés un lendemain de brosse après 4 jours en ligne de débauche. Le peuple québécois est simple, il aime les choses commodes.

Suzanne G. Chartrand, professeur de didactique du français à l’université Laval, était citée cette semaine dans un article de La Presse : « Ça fait 15 ans que je contribue à diplômer du monde qui ne devrait pas avoir le droit d’enseigner », dit-elle, et sur ce, nous sommes bien heureux de constater que la citation s’arrête là, et nous remercions de tout coeur Mme Chartrand pour autant de franchise. Au fond, les futurs enseignants sont des gens comme tout le monde, nous dit-elle, ce ne sont que des analphabètes diplômés et payés pour former d’autres analphabètes, tente-t-elle de nous faire comprendre, et sur ceci repose le fondement même de notre système d’éducation québécois : « Tous analphabètes d’ici 2013 ». C’est une devise honnête, simple et facile à mettre en oeuvre; notons que le peuple québécois est aussi cohérent.

Dans le même ordre d’idée, la semaine dernière, Statistiques Canada publiait les résultats d’un sondage sur l’éducation des jeunes Canadiens. Tout le monde, dans un délire d’étonnement et de stupéfaction, s’est insurgé devant le constat que les jeunes québécois sont deux fois plus susceptibles de décrocher pendant le secondaire que les jeunes Ontariens et deux fois moins susceptibles d’obtenir un diplôme universitaire. Pourtant, les profs sont tous analphabètes et les bancs d’école ne servent quasiment juste à asseoir de gros culs démotivés, lâches et distraits : des moyennes générales qui arrivent à peine à franchir le seuil du 70% sur des examens qui devraient se réussir sans même lire les questions le confirment. Mais d’où peut bien venir autant de désolation devant un résultat qui ne fait que nous rappeler ce que l’on savait déjà, soit qu’en décrochant, les jeunes abandonnent un projet dérisoire, qu’en réalité, ils refusent de se nourrir du fruit d’un échec monumental, celui d’un système d’éducation qui met au monde des enseignants qui « ont une connaissance nettement insuffisante de leur langue maternelle» ? Notre système d’éducation est d’une telle médiocrité que les professeurs même avouent former des incapables « qui ne devraient pas avoir le droit d’enseigner à leur tour » : et on va sérieusement se lamenter du fait que les jeunes se refusent à la très risible perspective scolaire, laquelle est le synonyme parfait d’une grosse farce plate? Loin d’être une plaie, l’engouement pour le décrochage est même plutôt une chose assez positive : on peut le voir comme une possible manifestation d’intelligence et de lucidité chez les victimes du fiasco qu’est le système d’éducation québécois. Voilà que les jeunes ont compris qu’à moins de compléter un baccalauréat en droit et de crosser en faisant du cash sur le dos du pauvre monde qui se retrouve dans la marde, un papier muni d’un sceau universitaire n’allait les conduire nulle part dans les vastes champs de la connaissance, et tout aussi loin sur le marché du travail, tandis que d’un autre côté, les techniciennes en service de garde, avec leur secondaire 5 et leurs 3 ans de cégep (ce qui pourrait se remplacer par un secondaire 5 et rien d’autre pentoute) se rempliraient les poches à coups de 25$ de l’heure pour chanter des comptines dull à des poupons plein de morve et de bave, en déconcrissant des colliers de nouilles avec des macaronis pas cuits et de la peinture à l’eau. Devant un tel scénario, tout adolescent sain d’esprit à qui il reste une parcelle de dignité ne voit qu’une seule porte au fond du couloir : celle de la fuite, la fuite en règle du milieu scolaire. Petite parenthèse à demi hors sujet, lors du dernier rescensement, effectué en 2001, on nous informait que 14% de la société québécoise détient un diplôme universitaire, tandis que chez les membres de la communauté arabe au Québec, communauté fort populaire, aimée et acclamée de tous en ces temps de commission Taylor-Bouchard, ce pourcentage s’élève à 33%. Cependant, les Turbans ont beau être deux fois plus scolarisés que nous, québécois de la soit disant « société d’accueil », reste que ces batteurs de femmes ne mangent pas de porc : on peut donc doublement se torcher avec leur diplôme et les renvoyer dans leur pays, fermez la parenthèse.

Dans un autre ordre d’idées, un reportage de l’émission Enjeux nous apprenait l’an dernier qu’une importante quantité de professeurs d’anglais des écoles québécoises (en région surtout) ne parlent pas l’anglais, mais par contre, le baragouinent. Ne nous étonnons pas alors qu’après 10 ans de cours de français et d’anglais, la jeunesse québécoise y va d’un « j’ai acquéri un bar» (réelle parole d’un participant de l’émission Occupation Double, telle que rapportée par un journaliste de la revue l’Actualité) très francophone, et d’un « yes/no/toaster » plus ou moins semi-anglophone. Pas de surprise : de l’anglais et du français, aucune des deux formations n’atteint un quelconque niveau de qualité, et tout ceci n’est rien d’autre que de la grosse marde sale. Les plus lucides seront sans aucun doute les premiers mais surtout les plusses décrocheurs, comment le réfuter?

Pour lancer encore d’autres idées qui n’ont pas trop rapport dans le sujet mais qui nous donnent un peu plus l’envie folle de tester la barrière anti-suicide installée en 2004 sur le pont Jacques-Cartier à Montréal, au printemps dernier, en mai pour être précis, nous apprenions que le CRTC s’engageait dans une dérèglementation de l’espace publicitaire télévisuel. Depuis septembre donc, les chaînes de télévision ont le droit de diffuser jusqu’à 14 minutes de publicité par heure. L’an dernier, la limite était fixée à 12 minutes par heure. En septembre 2008, la limite passera à 15 minutes par heure, alors qu’en 2009, seulement 4 ans avant l’analphabétisation totale et entière de la population québécoise, cette limite aura complètement disparue*, de sorte qu’on pourra ne plus s’étonner d’écouter une émission de télévision composée de publicité à 100%.

Et ainsi, la suite nous apparaît claire. Dans moins d’une décennie, alors que les choses auront suivi leur cours comme il se doit, donc quelques années après le triomphe analphabétique et la disparition des cours de mathématiques et de sciences en milieu scolaire québécois, l’université Laval sera devenue la première université au nord de l’Amérique à offrir une formation de premier cycle en écoutage d’annonces publicitaires. Et ses diplômés seront tous des élèves modèles.

*Source : Le Devoir, édition du vendredi 18 mai 2007.

9 novembre 2007. Actualités et autres crosseries. 2 commentaires.