Alea jacta est
Nous apprenions dans Le Devoir de ce matin que le diplôme d’études secondaires (DES) ne sera plus obligatoire pour quiconque désirera être admis au cégep.
Remarquez que ceci est une nouvelle très surprenante, que c’est tout le contraire de ce à quoi l’on aurait pu s’attendre après qu’il ait été question de ne plus comptabiliser les fautes d’orthographe, de syntaxe et de ponctuation dans la correction de l’épreuve uniforme de français. D’ailleurs, on peut oublier l’idée que quelque chose de ce genre (ne plus comptabiliser les erreurs dans un examen final et obligatoire pour tous) doive nécessairement se produire dans le courant des prochains mois, car tous ces nouveaux arrivants, orphelins du DES, n’échoueront certainement pas tous leurs cours de cégep ou presque pour finalement décrocher et ne plus payer leurs frais de scolarité -chose que l’on voudrait pas pentoute éviter dans le fond. De toute façon, le taux de réussite au collégial est déjà tellement élevé chez les étudiants qui ont complété et réussi la totalité de leurs cours de français de niveau secondaire, on n’ose pas imaginer quelle sera la remarquable performance de ceux qui ne ce sont même pas rendus là.
Ceci étant dit, ce qui serait vraiment, mais alors vraiment très étonnant, serait que le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport décide de ne plus forcer les étudiants de niveau universitaire à remettre leurs travaux et réussir les examens pour l’obtention du baccalauréat auquel ils seront inscrits. Assiter aux cours, une fois de temps en temps au moins, et payer le bill à la fin du trimestre seraient les deux seules conditions nécessaires pour devenir de fiers et compétants bacheliers. À l’occasion, acheter les livres, surtout lorsque l’enseignant mettrait à l’étude ses propres ouvrages, pourrait aussi s’avérer obligatoire pour l’obtention des crédits du cours. La lecture, l’étude, la remise des travaux et la réussite des examens seraient réservés à ceux que ça leur tenterait de temps en temps. Mais on serait extrêmement étonnés qu’une telle chose se produise, aussi bien dire toute suite que c’est impossible et que ça n’arrivera jamais. Parce que si ça arrivait, on pourrait être pas mal certains que les viaducs ne s’écrouleraient plus, que le système de santé québécois se porterait mieux, que le bacc en communication de l’université Laval continuerait de produire de grosses niaiseuses et que les avocats sortant de l’école du Barreau seraient plus mange-mardes que jamais.

La tête dans le cul
La Fondation des Maladies Mentales lançait récemment un message publicitaire destinée à la télévision, message voulant “sensibiliser la population à l’importance de diagnostiquer et soigner les maladies mentales qui touchent, sournoisement, un québécois sur six”, selon leurs -étonnantes- statistiques. La maladie mentale, dans la publicité en question, est représentée par deux méchantes personnes cagoulées qui enlèvent un père de famille à ses proches, nous laissant ainsi imaginer l’horreur de la suite. La scène est dramatique, froide, violente, et bien-sûr, métaphorique.
Les détenteurs d’un quotient intellectuel de un et plus ont compris que la métaphore signifie, tel que le thème de la campagne de la Fondation des Maladies Mentales l’indique, que la maladie agit comme une malfaiteuse, que la situation pour les gens malades et leur entourage est éprouvante, bref, qu’”il y a urgence d’agir”. On peut comprendre le pourquoi du message, après tout, c’est grave la démence, et on sait tous qu’il n’y a rien de drôle à être malade. Chaque année, des milliers de personnes au Québec sont internées, et tout le monde est bien au courant que ce n’est ni comique ni léger ce qui se passe dans les asiles et dans les foyers où résident des personnes malades. Les gens qui ont vu de leurs proches perdre le contact avec la réalité, ainsi que ceux qui sont capables d’un minimum d’empathie peuvent témoigner du poids d’une telle situation, et de l’importance que peut représenter une aide extérieure. Mais ceci étant dit, au diable les bonnes intentions de sensibilisation, et n’osez pas faire une publicité déstabilisante avec des cagoules pis des méchants habillés en noir qui sont pas smaths avec le bon monde dans leur chez eux, surtout pas si la scène en question pointe du doigt une situation réelle, grave et problématique qui affecte actuellement notre belle société, parce qu’il vous faudra rapidement la retirer des ondes. Ainsi, la publicité de la Fondation des Maladies Mentale, ayant choqué à outrance un certain nombre de personnes qui y ont vu un usage injustifié de violence, chose qui n’est pas coutume dans notre paysage télévisuel et dans la vraie vie en en général n’est-ce pas, -incluez Christiane Charette dans le lot de ces graves imbéciles, qui essayait, dans son émission de ce matin, de faire avaler au réalisateur du message publicitaire que les images de cagoules et de violence “encouragent le terrorisme et les invasions au domicile”, ne vous étouffez pas, ces mots sont les siens- a donc dû retirer, pour ne pas perdre la face devant ce gros tas d’arrièrés, sa publicité jugée trop indécente pour le bon petit monde dans leur divan.
Pendant ce temps-là, des yeux se crèvent à coups de tenailles au cinéma, des têtes se décapitent gratuitement dans des séries américaines, des ados de 12 ans sniffent de la poudre dans l’émission Ramdam présentée sur l’heure du dîner à Télé-Québec, et des modèles de 14 ans cokées et anorexiques posent en bobettes et en brassières dans des magazines de mode vendus moins de 5 piasses dans toutes les bonnes épiceries, pendant que Robert Gilet se fait cracher dans la face par le Québec en entier pour avoir osé fourrer et osé désirer fourrer des petites putes de moins de 18 ans.

Une pierre deux coups
Le Journal de Québec vient de prouver à ses lecteurs, et de confirmer du même coup à ses détracteurs, qu’il est un ostie de torche-cul digne de ce nom. Un petit clic vers le blogue de Martin Bélanger pour lire l’entrefilet du journaliste inconnu (le quotidien étant toujours en lock-out, tous les articles sont signés “Le Journal”) titré “Les jeunes en arrachent en français”, minuscule article de moins d’une quinzaine de lignes ne contenant pas deux, ni trois, mais bien quatre fautes au total.
Et puisque les universitaires maîtrisent la langue française formidablement -il faut, semble-t-il, avoir étudié le journalisme à l’université pour en être officiellement un- le ministère de l’Éducation proposait, en juin dernier, d’arrêter d’enseigner le français dès le collégial, en ne comptabilisant plus systématiquement les fautes d’orthographe, de syntaxe et de ponctuation dans la correction de l’épreuve uniforme de français, dont la réussite est actuellement obligatoire pour l’obtention du DEC.
Mais c’est pas déprimant pantoute.
… et ce n’est qu’un début
Ce matin dans Le Devoir, la critique du spectacle d’ouverture des célébrations du 400e anniversaire de Québec portait un titre non seulement assassin, mais prévisible; c’est un titre que l’on aurait pu deviner il y a longtemps déjà, au moins dès le lancement de la programmation des événements de Québec 2008 : “un ratage historique”.
On apprend dans cet article que le soir du 31 décembre, un gros tas de 50 000 suiveux étaient au rendez-vous pour voir Véronique Cloutier, Marie Plourde et Pierre Lapointe, entre autres personnalités dont on se crisse, se trouver complètement beaux et dire «Bonne fête Québec!» sur un écran géant, ainsi que pour assister live à un minuscule show de 45 minutes tellement archi-poche que ça en est scandaleux, et pour s’extasier devant un clou de spectacle constitué de seulement 3 feux d’artifices réussis au grand total. Et tout ce trouble, ce chiare de marde -il fallait utiliser le transport en commun le soir du 31 décembre pour comprendre ce qu’il est entendu ici par “chiare de marde”, et par le fait même, pour entrevoir la motivation sans borne des milliers de fêtards qui ont attendu l’autobus pendant 2 heures sur le coin de la rue- pour un événement totalement ridicule d’une durée incroyable de même pas trois quart d’heure un soir de réveillon du nouvel an à -20 degrés sans le facteur éolien. On a toujours su que le monde était con, mais rendu là, ça surprend encore.
C’était pourtant écrit dans le ciel, et j’aurais personnellement gagé sans crainte mon plein tiroir de bobettes que le ciel ne se trompait pas, que le spectacle, un spectacle qui en passant n’a ruiné seulement que 3 millions de dollars des fonds publics, allait être d’une platitude incomparable, pour ne pas dire d’un ennui mortel, si ce n’est pas pire encore. Il fallait, quoi qu’il en soit, être grayé d’un ostie de sens de la fête intensément profond pour s’en aller joindre ce troupeau de sérieux losers entassés comme des épais à la petite place d’Youville en cette soirée de 31 décembre, d’autant plus que le show était diffusé le lendemain à la télévision de Radio-Canada, pour celles et ceux qui tenaient absolument à être témoins de ce fiasco tant attendu.
Par ailleurs, comme si tout ce beau monde réunis ensemble ne faisait pas suffisamment office de ce que l’on pourrait appeler le “dindon de la monumentale farce de 2008″ en ce début des grandes festivités annoncées et vantées depuis on ne sait plus quand, sur le blogue officiel de la Société du 400e, on fait un retour complètement déconnecté sur l’événement, en commençant par donner un titre surréel à l’article : «Un coup d’envoi éblouissant», et en allant même jusqu’à dire “qu’après des mois d’anticipation, le Coup d’envoi des célébrations du 400e anniversaire de Québec a été donné de manière grandiose.” Et l’insulte se poursuit sans plus de gêne dans des déclarations de M. Jean Leclerc, président du conseil d’administration de la Société du 400e anniversaire de Québec : «C’est merveilleux de voir la réponse du public à ce dont nous rêvons depuis des années ». Et « ce n’est qu’un début…», ose-t-il ajouter. Après un tel élan d’arrogance, il aurait placé à travers son bullshittage un énoncé du genre “ostie de déficients profonds qui s’y donnent à coeur joie dans des célébrations minables pour gros épais sans génie” que personne n’aurait été surpris d’autant de vulgarité -et de condescendance.
Rappelons que Le Devoir, le même quotidien qui est totalement ébloui par les spectacles de Pierre Lapointe – lequel a été couvert d’éloges par cette même publication suite à sa performance avec l’orchestre métropolitain-, de Marie-Élaine Thibert et du Festival d’été de Québec, notamment, un quotidien plutôt gentil et assez indulgent en général envers le milieu artistique et culturel de niveau radio-canadien et toutes ses équivalences, disons-le, y va dans sa critique non seulement d’un titre meurtrier, “un ratage historique”, mais d’un article complètement destructeur à l’égard de ce fameux spectacle d’ouverture, et ce, jusqu’à la fin du texte, sans une seule parcelle positive au passage. Nos amis du Devoir vont même jusqu’à publier dans leur saintes pages assez pleines de complaisance envers tout le monde que “le lendemain du grand décompte, dans les rues de Québec comme sur les blogues, les gens affichaient une sorte d’incompréhension teintée de honte.” Dans une telle perspective, il faut n’être que schizophrène -ou menteur, ou imbécile- pour qualifier publiquement son propre échec d’”éblouissant” et de “grandiose”.
Enfin bref, ostie qu’on a hâte de voir les 8 modèles de belles cartes postales qu’on va pouvoir vendre aux touristes dans les boutiques souvenirs de la rue St-Jean, pour seulement 28 fois le prix.

Du front tout le tour de la tête
Dans sa chronique du jeudi 20 décembre intitulée “Sacrez-nous la paix”, Richard Martineau nous fait une très grande révélation, une révélation digne de mention :
Il y a une toune que j’écoute souvent, ces temps-ci. C’est une vieille chanson de Jacques Dutronc, qui s’intitule Fais pas ci, fais pas ça. Je trouve les paroles très actuelles: «Fais pas ci, fais pas ça/Viens ici, mets-toi là/Attention, prends pas froid/Ou sinon, gare à toi/Mets pas tes doigts dans le nez/Qu’est-ce que t’as renversé/Mange pas tes ongles, vilain/Va te laver les mains/Dis bonjour, dis bonsoir/ Ne cours pas dans le couloir…»
Cette toune, j’ai les orteils qui retroussent chaque fois que je l’entends.
Car comme Dutronc, j’en ai ras le bol des donneurs de leçons et des gens qui veulent notre bien. Ça me sort par les oreilles.
Incroyable mais vrai : Martineau, le donneur de leçons le plus assidû et le plus hystérique du Québec en entier en a « ras le bol des donneurs de leçons». Si ça continue de même, les Têtes à claques vont finir par déposer une plainte contre les humoristes qui ne font pas rire, Céline Dion va chialer contre les chanteuses qui se marient avec leur gérant, Lise Payette va dénoncer la bêtise des féministes enragées et les femmes voilées seront les bienvenues à Érouleville.
Si l’article du bon vieux Richard était intéressant, vous auriez pu aller le lire directement ici, ou encore, selon vos préférences, cliquer sur le lien ajouté par Richard lui-même dans un de ses articles de blog Canoë vers sa propre chronique publiée le jour même dans le Journal de Montréal. (La prochaine étape, il se cite lui-même lors de sa prochaine entrevue avec Guy A. Lepage à Tout le monde en parle.)
Si vous préférez plutôt rire des niaiseries de Martineau, jetez un oeil à la sympatique parodie qu’en a fait un blogueur, ici.
En terminant, bonne année !