Radio torche-marde
La Première Chaîne de Radio-Canada est plate, ennuyante, prétentieuse, inintéressante, péteuse, emmerdante, etc. On le sait entre autres depuis que Christiane Charette anime la plus dull de toutes les émissions de radio de la radiophonie au grand complet, non pas une fois par semaine, mais tous les jours du lundi au vendredi, dès 9h00. Et ça dure quand même un gros deux heures et trente minutes. Et c’est reparti tous les jours à 22h pour exactement le même deux heures et trente minutes déjà diffusé le matin, pour celles et ceux qui ont manqué, ou encore, pour les masochistes qui voudraient réécouter -et il y en a, semble-t-il. Bref, c’est une radio archiplate qu’il est toujours préférable de ne jamais syntoniser quelles que soient les circonstances. À côté de ce ramassis de marde, de lichage de cul, de musique poche et de bavardage inutile, le silence est un bonheur qu’il ne faudrait surtout, surtout pas sous-estimer.
Pourtant, nos braves amis du quotidien Le Devoir, quotidien qui ne se gêne pas pour s’autoproclamer “libre et indépendant” et “au service d’aucune idéologie ni d’aucun parti politique”, et que “c’est librement qu’il s’engage à défendre les idées et les causes qui assureront l’avancement politique, économique, culturel et social de la société québécoise”, bref, nos valeureux amis du Devoir disais-je, nous renvoient constamment à des émissions de la Première Chaîne dans des publicités subtiles qui nous suggèrent de ne pas rater telle ou telle entrevue dull, à telle heure, tel jour, etc. Ainsi, cette semaine Le Devoir nous suggère dans un article de sa section “société” de ne pas manquer, dans le cadre de l’émission “L’Autre midi à la table d’à côté” présentée sur la Première-Chaîne évidemment, un entretien entre deux grandes écrivaines et figures de la scène artistico-culturelle de notre beau Québec générateur d’ostie de cochonneries de marde : Marie-Sissi Labrèche et Jeanette Bertrand. Marie-Sissi, romancière, responsable du navet Borderline et journaliste aux magazines pour débiles mentaux Filles Clin d’oeil, Clin d’oeil et d’autres affaires plates du genre, et Jeanette, qui n’a plus tellement besoin de présentation si ce n’est qu’elle est “la” personne âgée du paysage télévisuel québécois, et même “la femme du siècle”, depuis que le Salon de la Femme de 1990 l’a proclamée ainsi. Et sur le site de Radio-Canada, cette émission figure dans le répertoire de la “radio en profondeur“.
Ce qui est surprenant dans toute cette histoire, c’est que jamais au grand jamais on aurait osé imaginer qu’une rencontre au sommet entre le top de la quétainerie et le comble du mantantisme pouvait laisser émerger des affaires tellement profondes qu’on croirait bon de nous informer de ladite rencontre au moins trois jours à l’avance. Pour ceux que ça intéresse, et de grâce restez dans l’ombre, l’émission en question sera diffusée samedi le 1er mars.

Autant en emporte la culture
Serait-il pertinent de se demander s’il pourrait être préférable qu’un élève québécois étudiant la musique dans le but de devenir musicien de profession, ou simplement pour le plaisir de faire du bruit dans son sous-sol le dimanche après-midi, ne se penche, tout au long de son apprentissage, que sur des oeuvres québécoises, composées, écrites et jouées par des québécois? Au diable donc les grands classiques français, allemands, italiens, autrichien, tchèquo-russes ainsi que toute la balance des grands morceaux qui ne sont pas absolument québécois : au Québec, apprendre à jouer de la musique et à en créer se ferait par la musique québécoise et exclusivement par les compositeurs québécois. L’on pourrait étendre le même schéma aux arts visuels, à la littérature, ou à la philosophie, par exemple. Poser la question c’est quasiment y répondre tellement l’idée est ridicule; il faudrait être toton en ostie pour ne serait-ce qu’envisager s’auto-projeter dans un tel mélodrame. Pourtant, selon le très sérieux ministère de l’Éducation, il peut être pertinent, semble-t-il, de se demander si la littérature française, pour le peu de place qu’elle occupe actuellement au collégial, ne devrait pas tant qu’à y être occuper une place encore moins importante, c’est-à-dire aucune place pentoute.
L’écrivain, professeur et critique Jacques Folch-Ribas révélait, dans un article paru dans La Presse il y a quelques jours, le contenu d’un récent sondage adressé par le ministère de l’Éducation aux enseignants. Document de onze questions au total, dont les deux dernières ont ce petit quelque chose d’incroyable qui nécessite qu’on se frotte les yeux comme il faut et qu’on relise à nouveau, juste pour être bien sûr qu’on est pas rendu malade mental:
La dixième question : « Désirez-vous que la littérature québécoise occupe une place plus grande, et dans quelle mesure?» et la onzième : «Une hypothèse émise l’an dernier par l’Association nationale des éditeurs de livres et l’Union nationale des écrivains québécois était d’exclure complètement la littérature française des cours de niveau collégial, en créant trois cours de littérature québécoise. Que pensez-vous de cette hypothèse?»
Évidemment, nous pensons de cette hypothèse que c’est de la marde, en plus de douter que ce soit au fond une grosse farce, un ostie de poisson d’avril avant le temps, et de se dire que formulée ainsi, une réponse nous est clairement suggérée, pour ne pas dire, carrément imposée. Nous pensons de cette hypothèse que c’est de la grosse marde sale, aussi, entre autres, parce que se couper de l’histoire de la littérature française, c’est se couper d’une partie de notre histoire, c’est tirer un trait sur nos racines, sur notre appartenance à la francophonie mondiale, et on pourrait continuer en ce sens encore et encore, parce que les raisons faisant de cette hypothèse le fruit d’une puissante gastro-entérite sont infinies. Nous pensons également que retirer la littérature française du collégial, c’est, dans un geste suicidaire, câlisser aux vidanges une bonne partie de ce qui s’appelle le “fun” et qui est déjà bien peu présent dans nos établissements scolaires -on ne se cachera pas qu’à côté des Fleurs du mal et des nouvelles de Maupassant, et des récits de Flaubert, la littérature du terroir, c’est quand même pas si drôle que ça. Ceci pour dire qu’à première vue, la proposition apparaît complètement conne et qu’il semble assez invraisemblable qu’on y ait simplement pensé, que quelqu’un, quelque part, se soit penché là-dessus, qu’il y ait réfléchi, qu’il l’ait suggéré à ses potes, que ceux-ci aient examiné sérieusement la proposition à leur tour, pour finalement trouver que ça avait “ben de l’allure”, et que tout ce beau monde était payé pour célébrer leur incompétence et leur médiocrité, et qu’on en soit rendu là, cet après-midi, à se demander ce qu’on pense de cette dangeureuse hypothèse digne de la plus hilarante de toutes les comédies.
Mais remarquez qu’après réfléxion, l’idée n’est pas si mauvaise. Avec du recul, c’est même une bonne idée, excellente on pourrait dire, qui ouvre tout grand la porte à une foule de nouvelles possibilités. Par exemple, on pourrait permettre aux auteurs québécois de verser une certaine somme d’argent aux professeurs pour que ces derniers mettent à l’étude leurs livres. Les torchons des écrivateux qui n’ont pas de talent se venderaient bien mieux, les éditeurs québécois pourraient se payer des beaux chars, les professeurs pourraient faire de l’argent en dessous de la table, les étudiants deviendraient de parfaits incultes et tout le monde serait exactement crossé, imbécile, heureux et content de l’être. Aussi, les professeurs de cégep pourraient se mettre à éructer des romans ultrapoches, à s’auto-éditer et à se mettre à l’étude dans le cadre de leur propre classe, vendant ainsi des chiures et des chiures de copies de leur propre marde en s’assurant du même coup de la faire manger à la plus grande quantité de monde possible. Certains d’entre eux deviendraient des stars et il y aurait leur grosse face de tapette sur des affiches dans les grandes librairies commerciales. Pour contrôler le respect de la nouvelle règle du “icitte, on étudie Nelly Arcan, Marie Laberge, Stanley Péan pis Joe Ti-Coune, tabarnak!” on pourrait aussi punir les professeurs rebelles qui décideraient d’enseigner quand même la littérature française, dans le secret de la porte close de la salle de cours. On pourrait les punir très sévèrement en leur donnant de grosses amendes, ou en les mettant en prison, ou en leur faisant subir différents supplices dans des salles de torture subventionnées.
*Grand merci à Simon-Pierre pour le lien vers l’article de Lysiane Gagnon, “L’inculture triomphante“, paru dans l’édition du mardi 5 février 2008 de La Presse.

Du football et de l’ennui
“Selon la firme Nielsen Media Research, 97,5 millions de téléspectateurs ont assisté à la victoire des Giants, dimanche. Plus de personnes ont vu le match de championnat de la NFL que toute autre émission de télévision aux États-Unis, à l’exception du dernier épisode de M.A.S.H. en 1983, qui avait attiré 106 millions de téléspectateurs.”
En réaction à ces beaux chiffres câlissement pas drôles, deux questions : premièrement, combien de millions de cornichons parmi cette chiure de suiveux n’ont, le reste de l’année, absolument aucun intérêt pour le football, et ne regardent, en terme de matchs de football, que le Super Bowl, et ce, juste parce que tout le monde le regarde et qu’il faut tellement faire comme tout le monde dans la vie pour être quelqu’un? Deuxièmement, combien de millions d’abrutis parmi ce gros tas de couillons n’ont jamais entendu parler des équipes qui s’affrontent, ne connaissent même pas les règles du jeu, ne comprennent rien pentoute à ce qui se passe mais s’excitent comme des épais quand tout le monde s’énarve juste pour faire comme les autres pis être dans la gang?
Sinon, c’est quoi l’ostie de fun à manger des ailes de poulet graisseuses dans le divan en se faisant agresser par de grosses publicités même pas drôles diffusées entre trois minutes d’un spectacle archi-poche et quatre minutes d’un sport archi-plate, archi-pas-fun et archi-ennuyant?
Ciboire, dimanche, ça n’a tenté à personne de passer ce temps entre amis avec moins de télévision dans le salon, moins de vêtements sur le dos et plus de drogue à partager?
