La routine perpétuelle

C’est en regardant de près les grandes actualités et les faits les plus divers qu’on réalise à quel point il ne se passe jamais rien de particulier, et donc, jamais rien d’intéressant.

Les mêmes drames ne font que se répéter constamment : les mêmes pères de famille assassinent leurs mêmes femmes et leurs trois enfants avant se suicider d’une balle dans la cervelle, les mêmes gros crisses de caves prennent leurs osties de chars laids quand ils sont saouls et handicapent les mêmes jeunes mères pour le restant de leurs jours, les mêmes chanteurs faussent sur les mêmes refrains quétaines sur leurs derniers disques qui jouent aux mêmes postes de radio plates qui sont écoutés par les mêmes personnes, les mêmes écrivains publient aux mêmes maisons d’édition les mêmes osties d’affaires poches, les mêmes téléromans avec les quatre mêmes acteurs sont diffusés les mêmes soirs aux mêmes heures et aux mêmes chaînes, les mêmes américains obèses qui s’empiffrent de friture et de cochonneries diverses ont les mêmes problèmes cardiaques, et les mêmes pédophiles abusent les mêmes enfants de la même manière dans les mêmes parcs, les mêmes typhons, ouragans, glissements de terrains, cyclones et autres tsunamis tuent les mêmes milliers de personnes en même temps toujours dans les mêmes places, et les gangs de rue, et le traffic de drogue, et les ethnies, et les osties de crosseurs, et les conflits politiques, et la pollution, et les tempêtes de neige, et les rivières qui débordent au printemps, et le réchauffement climatique, et la pauvreté, et l’analphabétisme au Québec, et la faim dans le monde, et les génocides, et le sida en Afrique Noire. Toujours les mêmes questions, les mêmes débats, les mêmes problèmes, les mêmes conséquences.

Bref, la petite routine est une affaire plate qui commence dans les détails les plus insignifiants de la vie et qui s’étend de long en large dans les grandes tragédies humaines. S’en plaindre revient à participer de ce qui est précisément critiqué, c’est-à-dire qu’à force de tout condamner, on finit par se fondre dans la répétition infinie de la même maudite rengaine. C’est pourquoi vaut peut-être mieux se taire, finalement, ne pas lire les journaux, crisser son téléviseur aux chemins, baisser les stores et dépluguer l’Internet.

6 mai 2008. Crosse rien'que.

10 commentaires

  1. renartleveille a répondu :

    … et parler de quoi, tout seul dans son coin?

  2. Zhom a répondu :

    Tiens, te revoilà.

    Je suis plutôt pour l’ennui et la platitude. Je suis aussi pour la redondance. Mon père disait toujours qu’au fond, quand on y pense, il n’arrive jamais rien d’étonnant. Viols, meurtres, cataclysmes, c’est toujours pareil. Les « beaux moments » reviennent aussi, en boucles : La découverte de l’amour, de l’ivresse, de la liberté etc. Tout cela a été mille fois vécu par des milliards de gens depuis toujours. Il faut donc, idéalement, accepter la platitude et la répétition. Je mène une existence déjà menée par tant d’autres. Une vie usagée, si j’ose dire, comme ces fripes qu’on trouve au Village des valeurs ou à l’Armée du salut.

    (Tu ne viens plus jaser sur MSN, c’est dommage.)

  3. Y-man a répondu :

    c’est peut-être aussi parce que tu regardes toujours dans la même direction, des fois je regarde à gauche, à droite, en haut, en bas et même derrière moi et j’avoue voir des choses qui ne sont pas dans ton texte

  4. Ostide a répondu :

    La platitude de la musique contemporaine diffusée par des radios rivalisant de quétainerie semble être une constante dont je constate l’émergence dans le discours de notre hôte double-assassinesque.

  5. alsalvas a répondu :

    Hey! Double Assass!

    Question :

    Quoi faire quand on a cette nausée sale induite par la vraie réalité de cul, la répétitive, la cruelle, l’insensée?

    Choix de réponse :

    (a) On bois trois grosses Labatt Bleue Dry puis on va se coucher;

    (b) On prend son char puis on va refaire sa vie au Yukon;

    (c) On deale avec ça puis on dénonce les mangeux de marde et les conneries plates;

    (d) On deale avec ça puis on lit ceux qui ont opté pour (c).

    Moi, j’ai choisi. Toi?

  6. doubleassassinat a répondu :

    Je ne sais pas de quoi il faut parler, tout seul dans son coin, ni s’il ne serait pas mieux de se taire finalement, surtout quand on est tout seul dans son coin. Parce que le fait de parler dans l’absence d’interlocuteurs est quand même le symptôme d’une grave maladie mentale, lequel symptôme pourrait finir par me valoir un internement à Robert-Giffard, chose que j’aimerais idéalement éviter.

    Je ne sais jamais non plus ce qu’il est préférable de choisir, d’autant moins lorsque je suis forcée de sélectionner une réponse parmi un de choix de quatre réponses possibles. Autrement dit, je suis plutôt du type “aucune de ces réponses”.

  7. doubleassassinat a répondu :

    Zhom : “Il faut donc, idéalement, accepter la platitude et la répétition.”

    Est-ce que c’est ça, “vieillir”?

  8. Bernard a répondu :

    Qu’est-ce que tu veux qu’on y fasse? Tout se répète, alors on s’habitue. On se fait un petit coin avec nos affaires, on se dit « moi, au moins », on laisse pisser (le mérinos) plus facilement, on rappelle nos amis pis on dit « t’en souviens-tu »? On rit dans sa barbe, on donne des coups de poignard dans le dos, on travaille par en-dessous.

    L’intransigence est le propre de la jeunesse, cela fait partie de son charme. Un jeune cynique est aussi déprimant qu’un vieux con idéaliste.

    Vieillir, c’est lutter contre la gravité (pas seulement celle des chairs).

  9. philippe villeneuve a répondu :

    moi, je suis en train de soigner le chien de mon beau frère pour 6 semaines parcequ’il est parti au Pérou. C’est la première fois que je soigne le chien d’un homme qui s’est fait baptisé Ivan par une mère aujourd’hui souffrante d’hostéopathie, mais ce n’est pas le première fois que je pense qu’une éxpérience qui m’arrive constitue une première. donc tu as raison. Mais c’est la première fois que les idées dans nos têtes s’affrontent et se résolvent dans la synthèse, donc tu n’as pas raison.

    ne sais tu pas que la poésie nous rapelle le miracle irépétable de la vie, que les mots interessants a lire cherchent à réclamer la sensation de la fraicheur qui se cache parmis la rotondité de l’usuelle, que le miroir est en réalité une fenêtre, qu’un champ avec du gazon dessus peut être le continent pré-colombien que des insectes vivent dedans, que même un automobile fabriqué sériellement peut être peinturé en couleur bizarre et originale par son propriétaire (oui, oui, des flammes sur une porte cest deja vu, mais imagine si les flames étaient peintes la couleur de l’arc-en-ciel, le pompiste penserait qu’il a aroser le char par inadvertance(peut etre qu’il regardait les tontons tatoués d’un aigle de la conductrice?)), que le mot yeux se prononce juste zieu parce qu’il est toujours précédé d’un article pluriel finisant avec s, mais que si on l’isole, il se prononce ieu.

    dans le Grundrisse, Marx nous rapelle que la nature du produit détermine la nature de sa consomation; je ne vais pas lire Walter Abisch dans les mêmes circonstances que je vais lire le magazine Hot somalian teen toes. Et pourtant, si la nature de la consomation déterminait l’essence du produit? je suis sure que tu a déja mangé le contenu d’une canne de sardine, mais si tu décidais d’entretenir une relation maternelle avec une sardine et de la nommer un nom drole (jean paul Sardine ou Ida Martinault), et de la tenir dans tes bras pour au moins 2 heures avant de l’avaler, peut etre qu’enfin tu gouterais une sardine pas comme les autres?

  10. Ostide Calisse a répondu :

    «C’est la première fois que je soigne le chien d’un homme qui s’est fait baptisé Ivan par une mère aujourd’hui souffrante d’hostéopathie(…)»

    Travailles-tu à la rédaction des nouvelles de la Première Chaîne de la radio de Radio-Canada ? Je le dis seulement parce que souvent, pour épaissir la sauce d’une nouvelle un peu trop maigre, ils ont l’habitude de la conclure en soulignant un “exploit” tellement pointu que ça ne peut concerner qu’une seule personne sur la Terre.
    Ça donne des choses du genre: «Serguei Poitras est le premier alpiniste franco-saskatois à avoir gravi le mont Everest et le Kilimandjaro en duo sans oxygène ces trois derniers mois.»
    J’exagère à peine.

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